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CONJONCTION 212

1945 - 2005 : soixantième anniversaire de l'Institut français d'Haïti



Editorial par Guy Maximilien

CONJONCTION 212
L'Institut Français d'Haïti à Port-au-Prince, fondé en 1945, célèbre cette année son soixantième anniversaire par un riche programme de musique, de théâtre, de conférences et d'expositions, qui est un brillant échantillon de ses activités depuis l'origine.

Lorsque Pierre Mabille, dans le milieu du siècle, entouré de ses invités André Breton et Wilfredo Lam, inaugurait cet Institut, ce fut sous le regard ébloui d'un jeune étudiant poète de Jacmel, René Depestre. Celui-ci était alors à peine sorti de son adolescence provinciale et tout juste à ses premières armes en littérature et en politique. Témoin oculaire, il nous raconte aujourd'hui l'événement, sous forme d'interview, en le tissant dans la trame de ses souvenirs et de son aventure intérieure.

Les récits, les témoignages des uns et des autres, l'évocation de quelques grands amis disparus, Pradel Pompilus, Roger Gaillard, Hervé Denis nous restituent la vie de l'Institut pendant ces soixante ans et son long cheminement de conserve avec la société haïtienne.

Mais, dans ce numéro, un autre axe, ancré dans le présent et dans le souci d'assurer la mission fondamentale de l'Institut d'enseigner et de diffuser la langue et la culture françaises, croise le premier axe tourné vers le passé. Des textes d'hier ou d'aujourd'hui, par Pradel Pompilus, pionnier de la linguistique francaise et créole en Haïti, par Roger Gaillard, qui avait été appelé au Haut Conseil de la Francophonie, par Darline Alexis, professeur à l'Ecole Normale Supérieure, par Evelyne Trouillot, éducatrice et écrivain, prennent, si l'on peut dire, à bras-le-corps, la question des langues en Haïti, de la situation et des chances du français dans une société massivement créolophone et immergée dans un environnement régional où prédomine l'usage de l'anglais et de l'espagnol. Ces analyses et ces réflexions peuvent aider à comprendre la situation culturelle haïtienne telle que l'histoire, la géographie et nos pratiques l'ont dessinée et les dynamiques que l'on y peut lire. Une meilleure connaissance et un meilleur fonctionnement du français font nécessairement partie du développement de notre société, doivent compter parmi ses meilleures cartes dans la vie nationale comme internationale, et c'est où, de concert avec les autres institutions, l'Institut Français garde un rôle indispensable.

Ainsi, à l'instar de Janus bifrons sur le seuil, entre le dedans et le dehors, ce numéro du soixantième anniversaire, à cheval dans le temps, tourne une face vers le passé, qu'il évoque et qu'il mesure, l'autre qu'interpellent les défis du présent et les appels du futur.



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